|
Lettre au Christ
Seigneur Jésus-Christ, il y a de nombreuses années, j’ai pris la liberté de T’écrire une lettre. A défaut de liaison postale avec le ciel, j’étais obligé de l’adresser à des gens dont Tu habites le cœur. Je Te remercie une fois de plus pour la suite favorable que Tu donnais à ma lettre. Et me voici de nouveau à ta porte et je frappe. Je crie vers toutes les fenêtres de ta maison et je demande. Car de nouveau Tu m’as mis dans une situation difficile par ton affirmation étonnante : « Ce que tu auras fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi-même que tu l’auras fait ». Je pris cela à la lettre. C’est pourquoi je n’ose renvoyer personne qui demande une aide en ton nom. Car je pense toujours que c’est Toi-même qui Te trouves devant moi pour faire Tes doléances et que c’est Toi-même qui écris les lettres dans lesquelles on fait appel à moi. C’est pourquoi je dis qui, chaque fois que Tu viens me demander quelque chose pour Toi-même. Cela a réussi pendant vingt-deux ans et Tu n’as pas déçu ma confiance. Toujours Tu as ému les cœurs d’amis et de bienfaiteurs, de sorte que mes mains se remplissaient et que j’étais à même de tenir les promesses faites en Europe de l’Est, en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Oui, Seigneur, tout en ayant fait vœu de pauvreté et bien que m’étant libéré de toute propriété, j’ai reçu de Toi la joie de pouvoir distribuer plus de 90 millions de dollars aux gens dans lesquels Tu souffres. Mais maintenant Tu es venu à moi trop souvent. Maintenant, Tu as été trop exigeant. Avec trop d’obstination Tu m’as poursuivi de la plainte de ta bouche suppliante. Maintenant je crains que Tu ne m’aies fait promettre plus que je ne puis accomplir. Car la crise grave qui frappe l’Eglise a également semé le désarroi et l’infidélité dans les rangs de mes amis. Des bienfaiteurs qui m’aidaient jadis se sont éloignés. D’autres en ont assez de se voir rappeler inlassablement la détresse des persécutés. L’amour d’un grand nombre s’est refroidi ou il est porté vers les choses de ce monde. (…) Tout en me sollicitant sans mesure, Tu savais tout cela. Moi, je ne le savais pas. Et j’ai acquiescé à toutes tes demandes sans tenir compte des contretemps qui vont m’obliger à faire des coupes sombres dans les subsides, à moins que Tu ne me viennes en aide. Tu sais, Seigneur, que je suis un homme faible et limité. Tu sais que, la nuit, il m’arrive de ne pas trouver le sommeil quand je cherche fébrilement de nouveau moyens pour remédier à la détresse que Tu m’as confiée. Tu sais que j’ai trimé pour Toi jusqu’à al limite de mes forces et que, maintenant, je suis à bout. Contrôle Toi-même la comptabilité de notre Œuvre et la longue liste des promesses que je ne puis tenir. Calcule Toi-même combien de millions Tu m’as demandé en trop et de combien de millions j’ai exagéré ma confiance en Toi. et dis moi ce que je dois faire. Tu te souviens, Seigneur, comment, dans ta détresse, Tu es venu à moi dans la personne de sœur Rose-Marie, des réfugiés pour lesquels il n’y a toujours pas de place à l’auberge, de tant de mères des douleurs, d’Annie Wong à Hong-Kong des filles couleur de bronze de Bombay, du rude concierge de la Chine rouge et du petit Wou, du Père aux cochons de Cheju, de Perle Précieuse à Saigon, de Benito Sakay qui a tatoué ton visage en pleurs sur son ventre, du Père Lagerwey qui est gravement malade à Manille et de Maria Thoi qui a mis son enfant au monde une nuit de Noël au camp Nam Hai ? N’est-il plus nécessaire que je les soutienne ? A qui d’entre eux dois-je désormais refuser mon aide ? Et te souviens-Tu du Père Celsus près de Bacabal qui continue à errer de ses deux églises à ses 83 chapelles pour assurer l’assistance spirituelle du peuple abandonné ? Regrettes-Tu d’avoir été son avocat auprès de moi ? Regrettes-Tu aussi que je T’aie reconnu dans Monsieur Expedito qui consacre ses dernières forces à l’Eglise du Nord-Est du Brésil, dans les sœurs de Nisia Floresta, dans les diacres sur l’île Itaparica, dans la veuve en larmes de Severino Silva, dans le Père van der Rest, dans les cardinaux de Salvador et de Santiago, dans Miguel de Sousa Mendes et ses dis enfants dans la favella de Rio ? Ne sont-ils plus les plus petits de Tes frères, et ce que je leur fais, n’est-ce plus á Toi que je le fais ? Ne vis-Tu plus dans les petits enfants de la mort blonde, dans les boueux de Bukavu et dans les petites sœurs, pauvres comme Job, de l’Institut de la Résurrection de Mère Hadewych ? Et ne pleures-Tu plus dans les petits innocents derrière le rideau de fer à qui appartient le Royaume des Cieux et que l’on empêche de venir á Toi ? (…) Veux-Tu, que je rejette ne fut-ce qu’un seul de ces protégés ?
|