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Le Vendredi-Saint du xx siècle

Lorsque Jésus mourut sur la croix, le ciel s’obscurcit, la terre trembla et le rideau du temple se déchira.

Depuis lors, il y eut bien d’autres crucifiés. Sans cesse les puissances des ténèbres et les princes de ce monde ont conspiré contre Dieu et son Christ. Hérode, Béria, Hitler, Pilate, Staline, Khrouchtchev… Ils ont été dispersés comme de la bale au vent, lorsque fut comble la mesure de leurs iniquités. Mais après Pilate vint Néron, après Caïphe vint Alexis et après Khrouchtchev vint Mao…

C’est pourquoi le Vendredi-Saint se renouvelle toujours. L’ombre de la croix, mille fois répétée, domine toujours les échafauds, les chambres à gaz et les charniers de ceux qui furent tués d’une balle dans le nuque.

Le Vendredi-Saint et la Croix demeurent. Et le rideau aussi est toujours là pour cacher la cruauté des assassins. Ne les appelez pas « Maréchal » ou « Excellence », quand ils vous rendent visite, gantés, le sourire aux lèvres. Car leur gant dissimule la griffe de l’étrangleur et, derrière leur sourire, ils préparent le meurtre. Leurs mains sont tachées du sang de Jésus. Appelez-les « assassins ». (…)

Le Vendredi-Saint dure toujours, et aussi l’agonie, la raillerie, les mauvais traitements, la haine, l’ingratitude, la défaillance humaine, l’indicible souffrance, l’âpre chemin de croix et la mort ignominieuse du Christ, Notre Seigneur ; il ne dure plus aujourd’hui dans Son propre corps sacré, mais en ceux qui, par la grâce, vivent Sa vie et sont Ses membres.

Le rideau aussi est toujours là. Et derrière ce rideau le Christ porte Sa croix vers le Golgotha. Affreusement seul, Il est traîné vers le lieu de l’exécution. Infiniment las, Il succombe sous la pression spirituelle et physique dont Il est l’objet. Sa raison et Sa volonté ont été ravagées par des artifices diaboliques. On en a fait un dément qui répète machinalement ce qui Lui est soufflé. Ce n’est plus un homme qui trébuche ici, c’est un ver de terre qui rampe vers le Calvaire. Aucun ami pour L’assister : ils sont déportés en Sibérie ou dans les mines d’uranium… Voici qu’on Lui arrache Ses vêtements. Maintenant les coups de marteau font pénétrer une indicible douleur dans toutes les fibres de Son corps torturé. Le voilà qui pend à la croix. « J’ai soif », gémit-Il et « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? » Le Vendredi-Saint dure toujours. Vendredi sanglant de l’Eglise en détresse.

C’est pourquoi demeure aussi la tâche, jadis accomplie par l’ange au jardin des oliviers, par les femmes n pleurs de Jérusalem, par Véronique qui essuya le visage du Jésus, par Simon qui L’aida à porter la croix et par sa Mère qui resta auprès de Lui jusqu'à ce que tout fut consommé.

Ce service de compassion – par un regard de compréhension, par un geste d’encouragement, par une bouchée de pain ou par une gorgée rafraîchissante, par l’huile et le vin versés sur les plaies vives -, cette haute mission de charité qui doit être poursuivie derrière le rideau de fer, c’est notre dette d’honneur envers l’Eglise persécutée qui est le Christ Lui-même.